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Intelligence artificielle et systèmes d’information : ce que les entreprises doivent vraiment transformer

Retour sur l’Innovation Pop-Up CentraleSupélec Exed du 8 décembre 2025

Le lundi 8 décembre 2025, CentraleSupélec Exed organisait au sein de l’InterContinental Paris Le Grand une nouvelle édition de ses Innovation Pop-Ups, consacrée cette fois à un sujet devenu central pour les organisations : la transformation des systèmes d’information à l’ère de l’intelligence artificielle.

Pendant deux heures d’échanges, experts académiques et dirigeants ont croisé leurs regards sur les mutations en cours. La soirée a mis en lumière une réalité plus complexe : l’IA oblige à repenser l’architecture, la gouvernance, les compétences et le rôle même de l’humain dans l’entreprise.

L’IA : une rupture d’usage plus qu’une rupture technologique

Dès l’introduction, un constat partagé s’impose : l’intelligence artificielle existe depuis longtemps, mais l’arrivée des modèles génératifs marque une rupture majeure par leur accessibilité immédiate et leur adoption massive.

Selon les chiffres évoqués lors de la table ronde, plus de 50 % des actifs utilisent déjà des modèles de langage de manière régulière, souvent sans cadre formel. Cette adoption rapide crée un décalage : les usages avancent plus vite que la compréhension réelle des systèmes, de leurs limites et de leurs implications.

Comme l’a rappelé Frédéric Pascal, directeur de l’Institut Data IA de l’Université Paris-Saclay, former devient une nécessité permanente dans un environnement où les technologies évoluent plus vite que les référentiels métiers.

Éthique, souveraineté, environnement : des sujets désormais indissociables

La première séquence de la table ronde a posé un cadre clair : l’éthique n’est pas un supplément moral, mais une condition d’adoption et de confiance.

Plusieurs dimensions ont été mises en évidence :

  • L’impact environnemental des modèles génératifs, avec des ordres de grandeur très supérieurs à ceux des usages numériques classiques
  • La souveraineté des données, notamment lorsque les modèles sont entraînés ou opérés hors des périmètres de contrôle des entreprises
  • La responsabilité juridique, rappelée par des cas concrets où les décisions prises par des chatbots engagent directement les organisations

L’éthique apparaît ainsi comme un sujet à la fois individuel, collectif et stratégique, qui concerne autant les DSI que les directions générales et les équipes métiers.

Désapprendre pour apprendre : l’humain face à l’IA générative

L’un des moments forts de la soirée a porté sur l’impact cognitif et organisationnel de l’IA générative.

François Dangu a souligné un phénomène clé : la délégation massive de tâches intellectuelles modifie nos schémas de pensée. Recherche d’information, synthèse, reformulation… autant d’activités désormais confiées à des systèmes automatisés, avec un risque réel de perte d’effort cognitif si les usages ne sont pas maîtrisés.

Pour autant, les intervenants ont insisté sur un point essentiel : tout dépend de la posture adoptée. Utilisée comme un simple substitut, l’IA appauvrit la réflexion. Utilisée comme un partenaire de raisonnement, elle peut au contraire stimuler la curiosité, la créativité et l’esprit critique.

Former à l’IA ne consiste donc pas uniquement à apprendre à « prompter », mais à réinterroger la valeur du travail intellectuel et la place de la décision humaine.

Pourquoi 95 % des projets IA échouent encore en entreprise

Un chiffre marquant a traversé les débats : 95 % des projets IA n’atteignent pas leurs objectifs économiques, selon plusieurs études citées durant la table ronde.

Les causes identifiées sont récurrentes :

  • multiplication de POC sans priorisation claire
  • déconnexion entre les équipes data et les opérationnels
  • surestimation des capacités des modèles
  • sous-investissement dans la qualité et la gouvernance des données

Les projets qui réussissent se distinguent par une approche plus pragmatique : des cas d’usage ciblés, souvent dans les fonctions back-office (finance, opérations, conformité), et une forte implication des métiers dès la conception.

Systèmes d’information : l’IA révèle les dettes existantes

Sur le plan technique, l’IA agit comme un révélateur. Comme l’a montré Pierre-Frédéric Rouberties, les entreprises les plus avancées sont celles qui avaient déjà investi dans leur architecture SI : APIs, plateformes data, gouvernance des flux, cybersécurité…

À l’inverse, les organisations dont les systèmes sont fragmentés, peu documentés ou mal gouvernés rencontrent rapidement des blocages. L’IA ne corrige pas ces faiblesses : elle les amplifie.

L’émergence des agents IA, capables d’orchestrer des processus de bout en bout, accentue encore ces enjeux. Sans données fiables, sans règles claires et sans contrôle humain explicite, les risques opérationnels et financiers deviennent majeurs.

Retour d’expérience : Veolia face à l’industrialisation de l’IA

Le témoignage de Vincent Lauriat, directeur général de Veolia Water Information Systems, a apporté un éclairage concret sur la mise en œuvre à grande échelle.

Dès 2023, le groupe a fait le choix de centraliser les usages via une plateforme interne sécurisée, afin de :

  • protéger les données sensibles
  • mesurer précisément les usages et les coûts
  • accompagner l’acculturation de populations très diverses, y compris les métiers de terrain

Cette approche progressive, fondée sur l’expérimentation encadrée et la formation, illustre une conviction partagée lors de la soirée : l’IA ne s’impose pas par décret, elle se construit par les usages réels.

Gouverner l’IA : un enjeu stratégique à long terme

En conclusion, les intervenants ont convergé sur un point : la question n’est plus “faut-il utiliser l’IA ?”, mais “comment la gouverner durablement ?”.

Cette gouvernance ne se limite pas aux modèles eux-mêmes. Elle concerne :

  • les agents et leurs interactions
  • les règles de décision et de validation humaine
  • la responsabilité juridique et managériale
  • la formation continue des collaborateurs

À l’horizon de cinq à dix ans, l’IA deviendra un collaborateur numérique à part entière, imposant de nouvelles formes de pilotage et de régulation.

Une soirée pour penser l’IA autrement

Avec cette 4ᵉ édition des Innovation Pop-Ups, CentraleSupélec Exed confirme son positionnement : proposer des espaces de réflexion exigeants, ancrés dans la recherche et les retours de terrain, pour accompagner les transformations profondes des organisations.

La soirée du 8 décembre a rappelé une évidence souvent oubliée : l’intelligence artificielle n’a de sens que si elle est pensée avec, pour et par les humains.

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